Ces derniers temps, la vie politique espagnole est particulièrement croustillante. Ainsi, il ne se passe pas un jour sans un nouveau rebondissement sur ce que les médias appellent ici "el caso Gürtel". Mais quezaco? Il s'agit en fait d'une supposée affaire de corruption et de financement illégal au sein du Parti Populaire, le principal parti de droite en Espagne, actuellement dans l'opposition. L'adjectif "supposé" est ici encore de rigueur, puisque l'affaire est toujours en cours d'instruction, mais les preuves à charge contre certains membres du PP se font tous les jours plus nombreuses.
Bon, mais avant de pénétrer au coeur de cette affaire sortie tout droit d'un Coppola, un peu d'étymologie s'il vous plaît. Caso Gürtel, en "allemagnol", ça veut dire "l'affaire de la ceinture". Non pas parce qu'à cause d'elle, le PP risque, dans les prochains temps, de devoir se serrer la ceinture électoralement parlant, mais en raison d'un certain M. Correa. Ce M. Correa, Francisco de son prénom, est supposé être le principal artisan d'un système de corruption reposant sur de petits arrangements entre certaines entreprises et certains membres du PP. Le principe: obtenir de juteux contrats pour un certain nombre de sociétés- évidemment sans le moindre appel d'offres- en échange d'importantes sommes d'argent ou de cadeaux distribués à plusieurs membres hauts placés du PP. Or, et c'est là que je voulais en venir, Correa, en espagnol, signifie "ceinture", ce qui, dans la langue de Goethe et d'Helmut Kohl, se dit "Gürtel". Et si le juge d'instruction à l'origine de cette affaire s'est amusé à baptiser l'affaire de ce nom, c'est sans doute en référence aux affaires de financement occulte du parti de droite allemand CDU qui se sont produites dans les années 90 outre-Rhin.

Arggh
Considérez ce qui précède comme le générique, car nous voilà partis pour le film. Un bon film de gangsters à la Tarantino, avec ce qu'il faut de personnages hauts en couleur, de- supposés- pactes malhonnêtes et de- supposés- truands bling bling. Dans cette galerie de- supposés- Malditos bastardos, j'ai nommé:
- Francisco Correa, alias "Don Vito" (puisque c'est ainsi qu'il souhaitait que les autres acteurs du réseau Gürtel l'appellent, comme le révèlent des enregistrements téléphoniques figurant dans le dossier de l'instruction, dont le secret a partiellement été levé mardi 6 octobre)
Petite barbiche poivre et sel, port altier, costumes impeccables, c'est le supposé numéro un du réseau de corruption. Mis en examen et incarcéré depuis février dernier, Correa s'est depuis mis à table. Celui qui faisait le lien entre certaines entreprises intéressées par des contrats obtenus à vitesse grand V et des membres du PP a avoué être à l'origine de tout le dispositif. Il a aussi mis en cause plusieurs membres du Parti populaire occupant des postes importants. Parmi eux: Francisco Camps, le président de la communauté de Valence et le secrétaire général du PP de cette même région: Ricardo Costa. De l'aveu de Correa, qui corrobore ainsi un rapport de la police valencienne publié par "El Pais" et "El Mundo" le 24 septembre dernier, ces deux dirigeants auraient reçu des cadeaux de toutes sortes- costumes à hauteur de 12000 euros, montre d'une valeur de 20000 euros pour Costa- en échange de contrats accordés sans appels d'offres préalables à des entreprises faisant partie du fameux réseau.
- Alvaro Perez, dit "El Bigotes", "La Moustache" en espagnol.
Bacchantes en crochets, un peu court sur pattes, cheveux gominés. Un air de chat du Cheshire d'Alice au Pays des Arnaques. C'est lui qui, à la tête de la société fictive "Orange Market", aurait ficelé l'essentiel des deals entre entreprises du réseau Correa et membres du PP de la région de Madrid et de Valence. Au total et d'après ses déclarations, il aurait arrosé d'environ 8 millions d'euros plusieurs membres du PP durant 4 ans, contre environ 40 contrats concédés d'office.
- Francisco Camps et Ricardo Costa, les accusés de Valence:
Selon le rapport de la police de Valence, le président PP de la communauté valencienne et le secrétaire général du PP de cette même région auraient profité jusqu'à plus soif des largesses de Mrs Correa et Perez. Appelés à comparaître devant le juge d'instruction, les deux hommes politiques ont pour l'instant nié en bloc.
Voilà les principaux acteurs d'une affaire qui implique toutefois d'autres membres du PP. Une douzaine de noms ont ainsi été cités dans le rapport d'instruction, qui se base notamment sur les noms des titulaires des comptes trouvés dans les dossiers de Correa et El Bigotes. Face à ce qui semblerait donc être un important réseau de corruption au sein du PP, les attitudes des principaux responsables du parti divergent. A Madrid, communauté dirigée par le PP, la présidente de région Esperanza Aguirre a ainsi décidé de faire place nette: jeudi 8 octobre, elle a exclu du groupe parlementaire à l'Assemblée de région Alberto Lopez Viejo, Benjamin Martin Vasco et Alfonso Bosch, trois conseillers régionaux PP suspectés eux aussi d'avoir goûté au système Correa. Cela dit, aucun des trois accusés n'a pour l'instant renoncé à sa charge.
A l'échelon national du PP, en revanche, il semblerait qu'on ne sache pas trop sur quel pied danser. Plutôt que de couper des têtes, Mariano Rajoy a pour l'instant opté pour la politique de la pseudo-insouciance. Pour ne pas dire de l'autruche. "Continuons sur le rythme qui est le nôtre, avec aussi une certaine dose d'indifférence qui ne fait jamais de mal", a ainsi déclaré avant-hier le secrétaire général du PP. Mais compte tenu de la vague d'indignation que le caso Gürtel ne va pas manquer de déclencher au sein de l'opinion publique, le PP ferait quand même mieux de mettre sa ... ceinture de sécurité.

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RépondreSupprimerAprès une fausse manip, je réitère :
RépondreSupprimerPutain, ça décoiffe. Va falloir que je suive davantage l'actualité espagnole, moi.
Maud