mardi 13 octobre 2009

12 octobre, jour du Chinchon

Le 12 octobre, en Espagne, c'est le jour de la fête nationale. C'est-à-dire un jour détesté par les Basques et autres Catalans et plutôt chéri par les Madrilènes. Mais finalement apprécié de tous, parce que le 12 octobre, c'est férié.
Autrement dit, l'occasion rêvée pour ceux qui, comme votre serviteur, ne goûtent que très modérément les défilés de militaires sabre au clair et les cérémonies au drapeau hissé au poteau, de prendre le large pour aller voir ailleurs s'ils y sont. 
Par exemple, à Chinchón (prononcer "tchine-tchone"). Cette petite bourgade aux maisons nichées sur le flanc d'une colline et située à une cinquantaine de kms au sud-est de Madrid mérite vraiment le détour. Peu connue des touristes, elle figure en revanche dans le top 10 des destinations préférées des week-ends de la bonne société madrilène. Et aussi dans l'agenda des aficionados de corridas, hombre. Car Chinchon, ce n'est pas uniquement une ville où l'on mange des choses aussi exquises que du pain à l'anis ou de la soupe à l'ail, deux spécialités du lieu. C'est aussi une place où l'on torée depuis des siècles et des siècles, si señor. Et pas dans une arène, non, sur la plaza Mayor du village, devant le parterre ébahi de ces messieurs radieux et de ces dames qui se pâment.

Des arènes au pays de la comtesse... de Chinchon

Installés au mois de juin, les gradins, dont le rouge se marie à merveille avec le vert des balcons de la place, ne seront démontés qu'à la fin octobre, après le traditionnel Festival Benefico Taurino, final en apothéose de la saison taurine de Chinchon. Créé par le torero Marcial Lalanda en 1923, cet événement- organisé pour diverses bonnes causes- a vu défiler les plus grands noms de l'art tauromachique. Cette année, ce seront "El Juli" et "El Fundi"- rien de moins- qui viendront mettre les points sur les i des cornes du toro, et ce pas plus tard que dimanche prochain.

La comtesse par Goya: c'est le Pérou!

Mais je ne pouvais clore ce post sans une allusion à l'un des emblèmes de la ville- la célèbre comtesse de Chinchon. C'est que la ville- comme toute bonne cité touristique digne de ce nom- possède aussi son château- le château des comtes de Chinchon. Et c'est ici, au XIXe siècle, que la comtesse- quand elle n'était pas à la cour du roi ou barrée au Pérou avec son mari, vice-roi de ce pays siouplaît- coulait des jours heureux à baffrer de l'anis ou de l'ail. Enfin, la pauvre en a quand même bavé. On ne le voit pas sur le portrait qu'en a peint le charitable Goya, mais la comtesse souffrait de paludisme après qu'elle ait un peu trop offert sa douce peau aux moustiques péruviens. Heureusement, cette fille était pleine de ressources et là où tout le monde se lamentait à l'époque de ne pas avoir vaporisé assez de Bégon vert pour ne pas choper cette saloperie, elle a trouvé elle-même le remède contre l'affreux palu: la quinine, extraite d'une plante qui pousse dans les environs de Madrid. Comme quoi, la comtesse ne fumait pas que du Chinchon...

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