lundi 13 juin 2011

PSOE : Parti Souffrant d’Oubli Extrême

Dimanche 12 juin, les indignés prennent (provisoirement) congé de Sol pour mieux investir les quartiers de Madrid. Comme le disent les manifestants : « Le campement s’arrête, mais le mouvement continue ». Au milieu de cette grande fête, de ce grand échange d’idées qu’aura été la République de Sol se posent tout de même quelques questions : quid de la suite à donner au mouvement ? Quelle forme doit-il adopter ? Et surtout : « Les politiques tendront-ils bientôt l’oreille aux demandes des indignés ? » Ce jour-là, je pose la question à Miguel, un jeune dessinateur de 27 ans qui ne semble guère se faire d’illusions : « Pour le moment, c’est inutile d’aller vers les politiques avec nos demandes, ils ne seront prêts à nous écouter que quand nous serons suffisamment nombreux pour exercer une vraie pression. En attendant, nous continuons, sans nous préoccuper d’eux. Arrivera un moment où ce sont eux qui se préoccuperont de nous ».

Lundi 13 juin, Miguel ne croyait pas si bien dire. Avec quelques journalistes, nous avons rendez-vous avec le ministre du Travail, Valeriano Gomez. Entre autres thèmes abordés : celui du mouvement 15-M et de son impact sur les politiques. Question : ce gouvernement ne doit-il pas écouter les revendications de ces jeunes et moins jeunes, renouer enfin avec son électorat traditionnel et refermer la parenthèse néo-libérale qu’il a ouverte en mai 2010 avec des politiques d’austérité visant à contenter les marchés financiers ? Réponse du ministre du Travail : « Je voudrais d’abord commencer par une critique envers ce mouvement. Je ne comprends pas que la plateforme qui l’a lancé, « Democracia Real Ya ! » (Une vraie démocratie maintenant), puisse s’appeler comme cela. Moi qui ai grandi sous une dictature, celle de Franco, je sais ce qu’est une dictature et ce qu’est une démocratie. Eux, apparemment, ne savent pas la chance qu’ils ont de vivre en démocratie. Qu’ils demandent donc plus de droits et de participation citoyenne, ça oui, mais qu’ils ne perdent pas le sens de la mesure ». Sidérant.


Le ministre du Travail Valeriano Gomez

La réaction du ministre du Travail démontre tout le fossé qui existe actuellement entre une bonne partie de la classe politique- en l’occurrence le gouvernement- et le mouvement citoyen 15-M. Après avoir oublié que la lettre S de son sigle renvoyait à « socialiste », voici le PSOE pris d’autisme aigu.
Plutôt que d’écouter la demande de davantage de justice sociale et d’abandon des politiques néo-libérales qui émane des indignés, le gouvernement actuel se permet ainsi de donner des leçons à la jeunesse de son pays, en enfonçant qui plus est des portes ouvertes. Evidemment, Zapatero n’est pas Franco et, d’accord, la Puerta del Sol n’est pas la place Tahrir, en Egypte. Il n’empêche que lorsque les indignés espagnols réclament aujourd’hui une démocratie plus juste, ils sont dans leur bon droit, tant les problèmes empêchant l’exercice de ce système politique sont aujourd’hui nombreux : d’une corruption effrénée et qui reste pourtant impunie à une loi électorale héritée de la Transition qui avantage aujourd’hui les deux principaux partis politiques (PSOE et PP). Sans parler de décisions importantes engageant le peuple qui ne devraient pas pouvoir être prises sans son consentement (compensation du déficit par des plans d’austérité plutôt que par la taxation des banques ; augmentation de la durée de l’âge légal de la retraite, privatisation des services publics de base).

Certes, le ministre du Travail dit « entendre les exigences de davantage de justice sociale provenant aujourd’hui de la jeunesse », mais prouve dans la même phrase que cette compréhension n’est que de façade : « Si nous ne sommes pas capables de maintenir une économie compétitive et de faire les ajustements nécessaires, nous ne serons pas en mesure de renforcer l’Etat-Providence. Les acquis sociaux, eux aussi, ont un coût ».

Un coût qui, par la faute d’un gouvernement qui a troqué son étiquette de socialiste contre une carte de membre du club néolibéral européen, se traduit aujourd’hui en Espagne par une stagnation voire une diminution des salaires, un gel des retraites et des suppressions d’indemnités à certains chômeurs longue durée. Est-ce cela que le ministre du Travail appelle "maintenir les acquis sociaux" ? A moins qu’il ne parle de ceux concédés aux plus riches, une hausse des impôts directs pour les revenus les plus élevés et une réactivation de l’impôt sur le patrimoine n’étant curieusement toujours pas de mise.

Oui, décidément, Miguel avait raison : ce n’est pas demain que le Parti socialiste espagnol sortira de son autisme et se rendra enfin compte qu’en défendant l’intérêt général, il défendrait aussi le sien (le PSOE a subi le plus lourd revers de son histoire lors des dernières élections municipales et régionales du 22 mai dernier). Qu’à cela ne tienne : le 15-M, selon Miguel, a tout son temps pour se faire entendre. « Il ne va pas lentement, il va loin ». Autrement dit, l’exact inverse du Parti socialiste.