mercredi 23 décembre 2009

Toro or not toro?

En Catalogne, voilà maintenant quelques années que le débat est dans l'air du temps: corridas ou pas corridas, toros or not toros? Le 18 décembre dernier, cette question- ô combien passionnée dans une région qui pratique la tauromachie depuis la nuit des temps, comme beaucoup d'autres communautés en Espagne- a commencé à se poser avec plus de vigueur. Ce jour-là, le Parlement catalan a en effet majoritairement voté en faveur d'une initiative populaire lancée par une plateforme citoyenne qui réclame d'urgence l'arrêt des corridas au sein de la communauté autonome de Catalogne. Son argument-massue: il est indigne de la part d'hommes un tant soit peu civilisés d'ériger la souffrance d'animaux en spectacle. Un argument auquel ont apparemment été sensibles de nombreux députés du Parlement catalan puisque dans le vote du 18 décembre dernier, 67 d'entre eux se sont exprimés en faveur de l'initiative populaire d'interdiction de la corrida, contre 59 en faveur des spectacles taurins. Restent 9 parlementaires qui soit se sont abstenus, soit ne se sont pas prononcés. 
Ce sont ces 9 députés qui, en mai prochain, au moment du vote sur la réforme de la Loi de protection des animaux, pourraient être déterminants pour faire pencher la balance dans un sens ou dans l'autre. Car c'est bien de cette Loi de protection des animaux que dépend l'avenir immédiat des corridas en Catalogne. Pour l'instant, ce texte interdit tout acte humain entraînant une souffrance gratuite chez des animaux, tout en prévoyant une dérogation spéciale pour les spectacles de corridas. Mais une suppression de cette exception taurine condamnerait immédiatement tout combat à mort entre homme et toro. En attendant donc la date fatidique de mai 2010, chacun des camps compte ses soutiens et affûte ses arguments. 

Le Catalan Jose Tomas face au toro

Les anti-corridas, on l'a vu, pointent du doigt l'inhumanité qu'il y a à faire souffrir tout animal. Une charge face à laquelle les pro-corridas brandissent la banderille de la tradition et de la mémoire d'une terre, de l'histoire d'une civilisation. Au-delà de ces arguments somme toute classiques, les pro-corridas accusent aussi les partis nationalistes (ERC ou CiU) de voir dans ce débat sur la corrida une occasion supplémentaire de revendiquer leur "catalanitude". Les membres de ces mouvements seraient ainsi contre la corrida parce qu'ils percevraient cette dernière comme un apport espagnol, et donc étranger à la vraie culture catalane. Une accusation que les députés visés ont cependant rejeté en bloc, invoquant pour leurs positions anti-corridas un sens éthique qui devrait selon eux être "universellement" partagé. 
On entend bien sûr la portée d'un tel argumentaire et il ne viendrait à l'esprit d'aucune personne sensée de faire l'apologie de la cruauté et du plaisir morbide de donner la mort à un autre être vivant. Sauf que la corrida, précisément, ce n'est pas cela. Le plaisir du spectateur de corrida ne provient ainsi en aucun cas du fait de pouvoir contempler une mise à mort, mais de l'occasion- rare en ces temps où la mort est comme effacée de la conscience de nos sociétés aseptisées- de pouvoir voir le combat de deux vies (n'oublions quand même pas le torero) contre la mort. Evidemment, il ne s'agit pas non plus ici de faire du prosélytisme à taurin et à travers. Instituer la corrida en plein Pas-de-Calais n'aurait effectivement aucun sens. Mais vouloir l'éradiquer d'une région- la Catalogne- où elle se pratique depuis des millénaires, c'est aussi retirer une partie de sa mémoire à cette terre.

vendredi 27 novembre 2009

Catalogne: 1- PP: 0

Dans l'éternel débat qui oppose en Espagne les "catalanistes" aux "centralistes", les premiers ont, hier, signé un joli coup. En ce jeudi 26 novembre, douze journaux catalans- du "Periodico" à "La Vanguardia" en passant par "El Punt"- ont en effet publié un éditorial commun dans lequel ils prennent vigoureusement la défense du fameux "Estatut" catalan, actuellement décortiqué par le Tribunal Constitutionnel espagnol pour vérifier s'il est bien "conforme à la Loi fondamentale".
C'est que le débat autour de l'Estatut catalan dure maintenant depuis plus de trois ans. En 2006, à la suite d'un passage devant le Parlement espagnol et d'une approbation par référendum de la population catalane, ce texte de loi élargissant les prérogatives de la Communauté autonome de Catalogne faisait ainsi l'objet d'une promulgation officielle. Mais, coup de théâtre, il subissait ensuite l'affront de se voir opposer un recours devant le Tribunal Constitutionnel, déposé par le Parti populaire espagnol qui jugeait ce texte non compatible avec la Loi fondamentale du pays. 
De fait, pour un non-initié, certains points du texte paraissent difficilement pouvoir s'accorder avec la constitution espagnole de 1978, dont le principe suprême "Unis dans la diversité" semble même insuffisant pour satisfaire aux exigences formulées dans l'Estatut catalan. Parmi les revendications les plus entières, on peut ainsi citer la définition de la Catalogne comme "nation" ou encore le "droit mais aussi le devoir de maîtriser la langue catalane". Avec de tels principes, on voit bien ce qui sépare la Catalogne de l'Espagne, on ne voit plus franchement ce qui les réunit. 

Johan Cruyff, nouveau sélectionneur de l'équipe de Catalogne
Quoi qu'il en soit, le Tribunal Constitutionnel doit donc bientôt statuer sur la constitutionnalité ou non de ce diable d'Estatut. Et c'est dans ce contexte qu'est paru hier l'éditorial conjoint des journaux catalans. Un édito intitulé "La dignité de la Catalogne" dans lequel ils appellent non seulement le Tribunal constitutionnel à faire le bon choix- c'est-à-dire à avaliser le texte- mais dans lequel ils s'indignent aussi de la nécessité de soumettre à la sagacité de cette institution un texte qui a déjà été validé par le Parlement et les électeurs catalans. Voilà pourquoi, selon ce même éditorial, "il y a dans cette affaire bien plus en jeu que tel ou tel article: est ici en jeu l'esprit de 1977 qui rendit possible la transition pacifique"
En d'autres termes, ces 12 journaux catalans attirent l'attention de la société espagnole sur le danger qu'il y aurait à nier après coup ce qui a été le fruit d'un processus démocratique, un texte de loi avalisé non seulement par le Parlement, mais aussi par les habitants de la Catalogne. Et en cela on ne peut que dire: Catalogne 1- PP 0 (c'est Johan Cruyff, nouvel entraîneur de la sélection catalane- si si ça existe- qui doit être content). Car autant l'Etat espagnol- et donc le gouvernement Zapatero, alors en pleine préparation de sa réélection (2006)- a fait preuve d'étonnantes largesses au moment de la négociation de l'Estatut, autant on ne peut que crier avec les journaux catalans à la dénégation de la démocratie quand il s'agit de revenir sur ce qui a été acquis à la suite d'un travail parlementaire et d'un référendum.
Le PP, lui, a aussitôt contre-attaqué en tentant de retourner l'argument de l'atteinte à la démocratie contre les journaux frondeurs, affirmant qu'ils avaient, par leur éditorial conjoint, "mis sous pression le Tribunal constitutionnel" et ainsi nui au bon fonctionnement démocratique du pays. Mais l'un des outils d'une bonne démocratie n'est-il pas justement la liberté d'expression? 
Dans ce feuilleton à rebondissements, reste maintenant à connaître le mot de la fin, celui du fameux Tribunal. On peut d'ores et déjà dire qu'il y a peu de chances qu'il déboulonne l'Estatut, le texte ayant été rédigé pour éviter les plus gros écueils juridiques. Mais surtout, l'impression de front uni qu'a réussi à donner la société catalane à travers cet éditorial est telle qu'il est peu probable que l'instance juridique espagnole ose aller contre cet Estatut conquis de haute lutte par les Catalans. Johan Cruyff appellerait sans doute ça "presser haut".

mercredi 28 octobre 2009

Les Galactiques dans un trou noir

"Houston, on a un problème." C'est à peu près ce qu'a dû se dire el señor Florentino Perez, président du Real Madrid de son état, après avoir vécu en direct l'implosion de ses étoiles chéries hier contre Alcorcón, modeste et néanmoins belle équipe de troisième division espagnole. 4-0: voilà en effet le tarif appliqué dans ce match de Coupe du Roi par le David de la banlieue sud de Madrid au Goliath de la capitale. En Espagne, on appelle ça une "goleada", en gros: une purge. 
Car c'est bien de cela qu'il s'agit: dans ce seizième de finale aller de la Copa del Rey- l'équivalent de notre Coupe de France- l'éléphant du Real aura été étourdi par une mouche qui lui en aura fait voir de toutes les couleurs. Au diable, les données objectives et chiffrées: Alcorcón, avec ses 165000 habitants, son budget d'1,2 million d'euros et son équipe occupant actuellement la 6e place de la troisième division espagnole est un microbe face à l'ogre madrilène et son budget effarant de 422 millions d'euros... Et alors, qu'à cela ne tienne: dans la rencontre d'hier, c'est bien les Galactiques qui auront vu 36 chandelles et non l'inverse. 

"Madrid, on a un problème"

Avec son envie et sa rage de vaincre, le petit Alcorcón se sera chargé de rappeler au gros Madrid que les salaires astronomiques ne dispensent pas de jouer et que le talent ne se mesure pas à l'aune du compte en banque. En bref, que l'argent, heureusement, ne fait pas encore tout dans le foot. Or on a beau croire dur comme fer en ce théorème, il tend quand même de plus en plus à être mis en péril par cet autre axiome, tout aussi inébranlable: "L'argent ne fait pas tout, mais il fait quand même beaucoup". Voilà pourquoi c'est toujours un plaisir quand un petit poucet virevoltant comme l'Alcorcón vient jeter ses petits cailloux dans les yeux de mastodontes un tantinet suffisants comme l'est le Real de Florentino Perez.
Du haut de la tribune du petit stade de Santo Domingo où il a assisté à la déroute de son équipe, le président du Real a dû se demander hier où étaient passés ses 250 millions d'euros investis à l'intersaison dans son projet Galactiques II. Une chose est sûre: ils n'étaient pas sur la pelouse. 
Bien sûr, le Real, qui n'a plus gagné la Coupe du Roi depuis 16 ans et qui marque en ce moment aussi le pas dans les autres compétitions où il est engagé (Liga et Ligue des Champions) n'a sans doute pas dit son dernier mot. Il y a même fort à parier que piqué au vif, il voudra laver l'affront dans un match retour qui pourrait encore décider qui des deux équipes poursuivra l'aventure. Mais les Raúl, Benzema et compagnie devront quand même s'employer pour faire douter les Borja, Mora et autres Ruben Sanz, hier tout autant stars qu'eux, de leur bonne étoile. Quoi qu'il arrive, on peut déjà remercier les joueurs de l'Alcorcón d'avoir une nouvelle fois dépoussiéré cette belle vérité: le foot se joue certes avec des euros, mais d'abord avec un ballon.

samedi 17 octobre 2009

Une nouvelle loi pro-avortement aux forceps

L'ours de la Puerta del Sol a bon dos

En ce samedi après-midi, l'ours de la Puerta del Sol- l'un des symboles de la ville de Madrid- est affublé d'un bien curieux tee-shirt. "Cada vida importa", peut-on lire sur celui-ci. "Chaque vie importe": tel est en effet le slogan de l'association "Derecho a Vivir" (Droit à la vie), l'un des organisateurs de la manifestation anti-avortement qui s'est tenue samedi 17 octobre dans le centre de Madrid, à l'appel de plusieurs organisations catholiques et familiales.
La raison d'être de ce mouvement de protestation: la réforme de la loi sur l'avortement proposée récemment par le gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero. Au menu de ce nouveau projet de loi, pour l'instant voté en Conseil des Ministres et débattu prochainement devant le Parlement, plusieurs changements majeurs. Le plus notoire d'entre eux est sans conteste qu'avec la future loi, l'avortement cesserait d'être une intervention considérée comme légale seulement dans certains cas de figure pour devenir un droit fondamental de la femme. Jusqu'ici, et aux termes d'une loi de 1985 toujours en vigueur, n'étaient en effet dépénalisés que les avortements s'effectuant au motif d'un viol, de "graves malformations" du foetus ou lorsque l'état de santé physique ou psychique de la femme enceinte était jugé "en danger". C'est d'ailleurs grâce à ce dernier point- suffisamment flou pour pouvoir contourner le reste de la loi- que s'effectuaient jusqu'à présent 97% des avortements effectués en Espagne. Mais dans certains cas, la difficulté de trouver un médecin prêt à pratiquer l'avortement sous ce motif de "mise en danger" mène encore bien souvent à des interventions compliquées car tardives.
Dans le nouveau projet de loi, tout ce système d'exception disparaîtrait: chaque femme souhaitant avorter pourrait désormais le faire librement jusqu'à la 14e semaine de grossesse, jusqu'à la 22e semaine en cas de complications et sans limitation de temps en cas de problèmes majeurs. Autre point suscitant la polémique: le projet de loi proposé par le gouvernement espagnol permettrait aussi désormais aux mineures de 16 et 17 ans d'avorter sans le consentement ni l'information préalables de leurs parents. Autrement dit, la nouvelle loi serait synonyme d'un bouleversement majeur pour l'Espagne, pays où plane encore un lourd tabou autour de l'avortement et où celui-ci ne cesse pas de faire débat.

Samedi, la manif anti-avortement a réuni des milliers de personnes

Là où une certaine frange de l'opinion publique, et même certaines institutions comme le Conseil d'Etat ou le Comité de Bioéthique considèrent cette réforme comme un instrument de progrès, les milieux catholiques et conservateurs se sont ainsi mobilisés pour faire barrage à ce qu'ils considèrent comme "une atteinte à la vie". "Je suis venue ici pour défendre les droits du non-né à la vie", clame par exemple Carmen, 32 ans, venue tout exprès des îles Canaries à Madrid pour la manifestation du 17 octobre. "Comment, dans un pays qui a abrogé la peine de mort, où l'on protège jusqu'aux droits des animaux, peut-on encore cautionner l'avortement?", s'interroge de son côté Alfredo, un Madrilène de 60 ans appartenant au Mouvement familial chrétien, une association qui s'est elle aussi mobilisée dans le mouvement du 17 octobre. "Une femme ne peut pas simplement tuer la vie qui est en elle simplement parce qu'elle passe par un mauvais moment", affirme ce père de 4 enfants qui dit avoir aussi défilé en son temps contre l'actuelle loi sur l'avortement, "tout aussi mauvaise" selon lui "en cela qu'elle permet d'attenter à des vies innocentes".
Point commun entre toutes les personnes rencontrées en ce jour de manifestation anti-avortement: toutes se disent de confession catholique et reconnaissent un lien entre leur foi et leurs positions anti-avortements. "Mais cela n'explique pas tout: le mouvement d'aujourd'hui réunit aussi d'autres sensibilités, comme des athées ou des gens de gauche, opposés à cette loi scélérate", assure Alfredo. Honnêtement, on a cherché, on n'a pas trouvé. Bien entendu, il était difficile de passer au peigne fin le cortège de plusieurs milliers d'opposants à la loi qui défilaient entre Puerta del Sol et Puerta de Alcala ce samedi. Mais notre sentiment d'une fracture radicale entre deux camps de la société espagnole s'est trouvé corroboré par le témoignage de Josefina, 29 ans, navrée d'avoir dû croiser le trajet de la manifestation anti-avortement. "Aujourd'hui, vous ne trouverez personne de gauche à 2 kms à la ronde... à part moi qui ai dû passer par ici pour rentrer chez moi", nous explique cette jeune historienne de l'art, qui dit avoir voté Izquierda Unida aux dernières élections. Et de poursuivre, visiblement agacée: "Sur le sujet de l'avortement, il y a mille opinions différentes en Espagne, et non une seule comme pourrait le donner à penser cette manifestation monstre, nous explique-t-elle. Moi par exemple, je suis pour la libéralisation de l'avortement, pour peu que les gens agissent de manière responsable. Pour la disposition sur les mineures, j'y suis aussi favorable, à condition que le gouvernement assortisse cette mesure de moyens d'information et de prévention plus importants".
Mille opinions différentes, peut-être. Mais l'impression qui prédominait tout de même après que le cortège émaillé de drapeaux espagnols et de pancartes anti-avortement se fut séparé à son arrivée, aux alentours de 19h, était celle-ci: le débat sur l'avortement cristallise bien les positions de deux Espagne, l'une conservatrice et catholique, l'autre de gauche et athée.

mardi 13 octobre 2009

12 octobre, jour du Chinchon

Le 12 octobre, en Espagne, c'est le jour de la fête nationale. C'est-à-dire un jour détesté par les Basques et autres Catalans et plutôt chéri par les Madrilènes. Mais finalement apprécié de tous, parce que le 12 octobre, c'est férié.
Autrement dit, l'occasion rêvée pour ceux qui, comme votre serviteur, ne goûtent que très modérément les défilés de militaires sabre au clair et les cérémonies au drapeau hissé au poteau, de prendre le large pour aller voir ailleurs s'ils y sont. 
Par exemple, à Chinchón (prononcer "tchine-tchone"). Cette petite bourgade aux maisons nichées sur le flanc d'une colline et située à une cinquantaine de kms au sud-est de Madrid mérite vraiment le détour. Peu connue des touristes, elle figure en revanche dans le top 10 des destinations préférées des week-ends de la bonne société madrilène. Et aussi dans l'agenda des aficionados de corridas, hombre. Car Chinchon, ce n'est pas uniquement une ville où l'on mange des choses aussi exquises que du pain à l'anis ou de la soupe à l'ail, deux spécialités du lieu. C'est aussi une place où l'on torée depuis des siècles et des siècles, si señor. Et pas dans une arène, non, sur la plaza Mayor du village, devant le parterre ébahi de ces messieurs radieux et de ces dames qui se pâment.

Des arènes au pays de la comtesse... de Chinchon

Installés au mois de juin, les gradins, dont le rouge se marie à merveille avec le vert des balcons de la place, ne seront démontés qu'à la fin octobre, après le traditionnel Festival Benefico Taurino, final en apothéose de la saison taurine de Chinchon. Créé par le torero Marcial Lalanda en 1923, cet événement- organisé pour diverses bonnes causes- a vu défiler les plus grands noms de l'art tauromachique. Cette année, ce seront "El Juli" et "El Fundi"- rien de moins- qui viendront mettre les points sur les i des cornes du toro, et ce pas plus tard que dimanche prochain.

La comtesse par Goya: c'est le Pérou!

Mais je ne pouvais clore ce post sans une allusion à l'un des emblèmes de la ville- la célèbre comtesse de Chinchon. C'est que la ville- comme toute bonne cité touristique digne de ce nom- possède aussi son château- le château des comtes de Chinchon. Et c'est ici, au XIXe siècle, que la comtesse- quand elle n'était pas à la cour du roi ou barrée au Pérou avec son mari, vice-roi de ce pays siouplaît- coulait des jours heureux à baffrer de l'anis ou de l'ail. Enfin, la pauvre en a quand même bavé. On ne le voit pas sur le portrait qu'en a peint le charitable Goya, mais la comtesse souffrait de paludisme après qu'elle ait un peu trop offert sa douce peau aux moustiques péruviens. Heureusement, cette fille était pleine de ressources et là où tout le monde se lamentait à l'époque de ne pas avoir vaporisé assez de Bégon vert pour ne pas choper cette saloperie, elle a trouvé elle-même le remède contre l'affreux palu: la quinine, extraite d'une plante qui pousse dans les environs de Madrid. Comme quoi, la comtesse ne fumait pas que du Chinchon...

vendredi 9 octobre 2009

Le PP espagnol s'étrangle avec sa ceinture

Ces derniers temps, la vie politique espagnole est particulièrement croustillante. Ainsi, il ne se passe pas un jour sans un nouveau rebondissement sur ce que les médias appellent ici "el caso Gürtel". Mais quezaco? Il s'agit en fait d'une supposée affaire de corruption et de financement illégal au sein du Parti Populaire, le principal parti de droite en Espagne, actuellement dans l'opposition. L'adjectif "supposé" est ici encore de rigueur, puisque l'affaire est toujours en cours d'instruction, mais les preuves à charge contre certains membres du PP se font tous les jours plus nombreuses.
Bon, mais avant de pénétrer au coeur de cette affaire sortie tout droit d'un Coppola, un peu d'étymologie s'il vous plaît. Caso Gürtel, en "allemagnol", ça veut dire "l'affaire de la ceinture". Non pas parce qu'à cause d'elle, le PP risque, dans les prochains temps, de devoir se serrer la ceinture électoralement parlant, mais en raison d'un certain M. Correa. Ce M. Correa, Francisco de son prénom, est supposé être le principal artisan d'un système de corruption reposant sur de petits arrangements entre certaines entreprises et certains membres du PP. Le principe: obtenir de juteux contrats pour un certain nombre de sociétés- évidemment sans le moindre appel d'offres- en échange d'importantes sommes d'argent ou de cadeaux distribués à plusieurs membres hauts placés du PP. Or, et c'est là que je voulais en venir, Correa, en espagnol, signifie "ceinture", ce qui, dans la langue de Goethe et d'Helmut Kohl, se dit "Gürtel". Et si le juge d'instruction à l'origine de cette affaire s'est amusé à baptiser l'affaire de ce nom, c'est sans doute en référence aux affaires de financement occulte du parti de droite allemand CDU qui se sont produites dans les années 90 outre-Rhin.

Arggh

Considérez ce qui précède comme le générique, car nous voilà partis pour le film. Un bon film de gangsters à la Tarantino, avec ce qu'il faut de personnages hauts en couleur, de- supposés- pactes malhonnêtes et de- supposés- truands bling bling. Dans cette galerie de- supposés- Malditos bastardos, j'ai nommé:

- Francisco Correa, alias "Don Vito" (puisque c'est ainsi qu'il souhaitait que les autres acteurs du réseau Gürtel l'appellent, comme le révèlent des enregistrements téléphoniques figurant dans le dossier de l'instruction, dont le secret a partiellement été levé mardi 6 octobre)
Petite barbiche poivre et sel, port altier, costumes impeccables, c'est le supposé numéro un du réseau de corruption. Mis en examen et incarcéré depuis février dernier, Correa s'est depuis mis à table. Celui qui faisait le lien entre certaines entreprises intéressées par des contrats obtenus à vitesse grand V et des membres du PP a avoué être à l'origine de tout le dispositif. Il a aussi mis en cause plusieurs membres du Parti populaire occupant des postes importants. Parmi eux: Francisco Camps, le président de la communauté de Valence et le secrétaire général du PP de cette même région: Ricardo Costa. De l'aveu de Correa, qui corrobore ainsi un rapport de la police valencienne publié par "El Pais" et "El Mundo" le 24 septembre dernier, ces deux dirigeants auraient reçu des cadeaux de toutes sortes- costumes à hauteur de 12000 euros, montre d'une valeur de 20000 euros pour Costa- en échange de contrats accordés sans appels d'offres préalables à des entreprises faisant partie du fameux réseau.

- Alvaro Perez, dit "El Bigotes", "La Moustache" en espagnol.
Bacchantes en crochets, un peu court sur pattes, cheveux gominés. Un air de chat du Cheshire d'Alice au Pays des Arnaques. C'est lui qui, à la tête de la société fictive "Orange Market", aurait ficelé l'essentiel des deals entre entreprises du réseau Correa et membres du PP de la région de Madrid et de Valence. Au total et d'après ses déclarations, il aurait arrosé d'environ 8 millions d'euros plusieurs membres du PP durant 4 ans, contre environ 40 contrats concédés d'office.

- Francisco Camps et Ricardo Costa, les accusés de Valence:
Selon le rapport de la police de Valence, le président PP de la communauté valencienne et le secrétaire général du PP de cette même région auraient profité jusqu'à plus soif des largesses de Mrs Correa et Perez. Appelés à comparaître devant le juge d'instruction, les deux hommes politiques ont pour l'instant nié en bloc. 

Voilà les principaux acteurs d'une affaire qui implique toutefois d'autres membres du PP. Une douzaine de noms ont ainsi été cités dans le rapport d'instruction, qui se base notamment sur les noms des titulaires des comptes trouvés dans les dossiers de Correa et El Bigotes. Face à ce qui semblerait donc être un important réseau de corruption au sein du PP, les attitudes des principaux responsables du parti divergent. A Madrid, communauté dirigée par le PP, la présidente de région Esperanza Aguirre a ainsi décidé de faire place nette: jeudi 8 octobre, elle a exclu du groupe parlementaire à l'Assemblée de région Alberto Lopez Viejo, Benjamin Martin Vasco et Alfonso Bosch, trois conseillers régionaux PP suspectés eux aussi d'avoir goûté au système Correa. Cela dit, aucun des trois accusés n'a pour l'instant renoncé à sa charge. 
A l'échelon national du PP, en revanche, il semblerait qu'on ne sache pas trop sur quel pied danser. Plutôt que de couper des têtes, Mariano Rajoy a pour l'instant opté pour la politique de la pseudo-insouciance. Pour ne pas dire de l'autruche. "Continuons sur le rythme qui est le nôtre, avec aussi une certaine dose d'indifférence qui ne fait jamais de mal", a ainsi déclaré avant-hier le secrétaire général du PP. Mais compte tenu de la vague d'indignation que le caso Gürtel ne va pas manquer de déclencher au sein de l'opinion publique, le PP ferait quand même mieux de mettre sa ... ceinture de sécurité.


mercredi 7 octobre 2009

La Lumière Prodigieuse

"La Luz Prodigiosa". La Lumière Prodigieuse. Hé, ho, je vous entends d'ici, hein: "Ca y est, un mois en Espagne, et il a déjà viré Opus Dei". Mais non, vous n'y êtes pas du tout. Ce titre- certes un peu illuminé, je l'avoue- est celui d'un très beau film espagnol, signé Miguel Hermoso (le bien nommé puisqu'ici, ça veut dire "beau") et sorti il y a de cela quelques années. Cette "Lumière Prodigieuse", c'est celle des terres d'Andalousie, et plus particulièrement celle de Grenade, dont le palais de l'Alhambra, les soirs d'été, paraît une véritable rose de feu. C'est aussi celle qui s'oppose à la bouche d'ombre de la Guerre Civile, à la traînée de sang et de poudre laissée, sur ces terres aussi, par les partisans de Franco.

Alhambra, puits de lumière

1936, aux alentours de Grenade. Un jeune paysan, en rentrant de sa journée aux champs, trouve un homme laissé pour mort dans une fosse commune, gravement touché à la tête par un tir à bout portant. Bon bougre, le jeune homme ramène le blessé chez lui et l'y soigne, avant que la peur ne reprenne le dessus et qu'il ne l'abandonne devant la porte d'un couvent. C'est qu'en ces temps-là, il ne fait pas bon être vu en compagnie d'un homme que les Franquistes préféreraient voir six pieds sous terre. 
Les années passent. Notre jeune sauveur est désormais devenu un homme d'âge mûr, qui, comme beaucoup d'Andalous, a été contraint de quitter sa terre natale pour gagner sa vie. Un jour, alors qu'il est de retour au pays, notre homme recroise par hasard le malheureux auquel il avait jadis sauvé la vie. Celui-ci, sorte de marginal illuminé, promène sa longue silhouette de poète maudit dans les rues écrasées de soleil de Grenade. Ses facultés mentales semblent fortement diminuées par ses blessures de l'époque, mais il est vivant. Bien vivant. En premier lieu, c'est la sympathie et la pitié qui poussent à nouveau notre homme vers celui auquel il était venu en aide. Mais bientôt, ce sera une véritable fascination, et même aussi un peu l'appât du gain. Car un beau jour, en lisant le journal, notre Bon Samaritain est assailli d'un doute qui manque de le faire tomber de sa chaise: les circonstances de l'assassinat manqué, l'année, le lieu, mais oui, tout concorde… Et si ce rescapé des horreurs de la Guerre Civile n'était pas qu’une victime anonyme parmi tant d’autres, mais une légende que tout le monde croit morte, une voix jadis vibrante que tout le monde croit éteinte: le grand poète andalou Federico Garcia Lorca?
Garcia Lorca pose sur la plaza Santa Ana, à Madrid 

Etrangement, l'histoire de la "Luz Prodigiosa" rencontre aujourd'hui quelques résonances avec l'actualité espagnole. Ces derniers jours, les ultimes "obstacles" à la réouverture de la fosse commune où l’on pense que Garcia Lorca et certains de ses compagnons d’infortune ont été jetés après avoir été fusillés par des sympathisants franquistes, semblent en effet avoir été levés. Ces obstacles, c'étaient les protestations de la famille de Garcia Lorca elle-même, qui estime qu'il ne sert à rien de déterrer une histoire dont la fin a de toute façon déjà été écrite. "Qu'on le laisse reposer en paix et que toutes les victimes tombées sous les balles franquistes soient traitées de manière égalitaire", avait déclaré il y a peu la nièce du poète, Laura Garcia Lorca. Il semble qu'elle ne sera pas exaucée. Car les descendants d'autres victimes dont on suppose qu'elles se trouveraient dans la même fosse que Lorca ont eux souhaité que les corps de leurs proches soient identifiés, puis transférés vers une "sépulture plus digne".
Fin octobre, la communauté autonome d'Andalousie devrait donc- à moins d'un ultime revirement- procéder à l'exhumation des corps que l'on pense être ceux du poète et de ses frères de destin. D'après les récits de l'époque, cinq personnes au total, avec Lorca. Toutes invitées à l'aube du 19 août 1936 à aller faire un "paseíllo"- une "promenade"- en compagnie de braves Grenadins exécutants de la parole franquiste. Une promenade dont ils ne sont évidemment jamais revenus. 
Devant le désir de plusieurs descendants de victimes, mais aussi d'une association pour la mémoire historique de Grenade, d'en avoir le coeur net, la famille de Lorca n'a finalement pu imposer qu'une seule condition aux travaux d'exhumation: elle s'est réservée le droit d'identifier ou non ce que l'on supposera être le corps de Lorca, et il est probable qu'elle ne le fera pas. Laissant ainsi- et c'est tout à fait dans l'esprit de Lorca- un peu de place au mystère et au rêve: celui de croire que le poète a finalement survécu à ses blessures et est mort, vieil homme, en regardant une dernière fois le soleil répandre sa lumière sur cette terre qu'il aimait tant. Une Lumière Prodigieuse.

dimanche 4 octobre 2009

Noir c'est noir...

C'est dimanche, alors allons nous culturer. Je sais pas vous, mais moi je suis d'un naturel assez pessimiste, quitte à être agréablement surpris lorsque les choses tournent mieux que je ne me l'étais imaginé. Avec un tel penchant à surfer sur le vague-à-l'âme (et aimant ça en plus!), il était donc inévitable que je vous parle, un jour ou l'autre, des dites "peintures noires" du sieur Goya, exposées au Musée du Prado. Vous avez vu, elle est sympa, hein, ma ligne éditoriale: je fais en sorte de vous plomber votre dimanche. Mais non, mais non, allez, un peu d'optimisme, que diantre.
Donc, "las pinturas negras", de Francisco de Goya. Une chose est sûre: elles portent bien leur nom. "Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir": ça, Johnny a dû le pomper sur Goya, c'est pas possible autrement. 
Mais pour que nous puissions tous joyeusement déprimer ensemble sur la noirceur de la nature humaine, une petite mise en contexte s'impose. 
Nous sommes en 1819. Voilà maintenant 5 ans que les maudits Français de Napoléon ont été chassés hors d'Espagne et que Ferdinand VII, prétendant légitime à la couronne royale, est remonté sur le trône. Si les massacres qui avaient eu lieu en 1808 au début de l'occupation française n'ont plus cours, la vie en Espagne n'en est pas forcément meilleure. A peine arrivés au pouvoir, Ferdinand VII et sa clique ont en effet impulsé une Restauration du tonnerre, enterrant tous les espoirs des libéraux, partisans d'une monarchie constitutionnelle et éclairée. Un camp qui était aussi celui de Goya, désormais revenu de toutes ses illusions sur la capacité des hommes à s'amender.
A titre personnel non plus, cela ne va pas très fort pour le peintre et graveur espagnol en ce début d'année 1819. Certes, on lui a octroyé le droit de conserver son titre de Premier peintre de la Chambre après le retour de Ferdinand VII, mais l'entourage du monarque- qui le considère comme un "afrancesado", un francisé (beurk), perverti par les idées libertaires des Lumières- fait tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. A cela s'ajoute que Goya, frappé de surdité depuis 1792, s'enfonce dans un isolement toujours plus profond.
Hanté par ses désillusions et ses fantômes, il s'installe donc début 1819 dans une bâtisse située légèrement à l'écart de Madrid, sur les rives du fleuve Manzanarès: "La Quinta del Sordo" (La Ferme du Sourd). Là, il va peindre pendant 4 ans ce qu'il a souvent dû taire dans des tableaux de commande aux figures forcément imposées ou pire, dans des tapisseries pour la maison royale au style cucu-gnangnan. Et ces spectres de la Guerre d'Indépendance ou ces espoirs morts-nés, ils les peindra directement sur les murs de son habitation, sous forme de fresques qui ne devaient pas forcément donner envie d'aller boire l'apéro chez lui.
Parmi ces images teintées d'effroi et d'amertume, il en existe une peut-être encore plus glaçante que toutes les autres. Certes, elle emprunte son sujet à la mythologie, mais sa thématique est des plus atemporelles qui soient. Elle nous montre "Saturne dévorant un de ses fils".

"Il a un goût bizarre, ce BigMac..."


Pour faire court- au cas où certains voudraient passer à table- Saturne, ou Cronos, son équivalent grec, est le Dieu du Temps. Pour lui, c'est la belle vie, vu que sa journée, à l'inverse de celle de Jack Bauer, fait beaucoup plus que 24 heures chrono. Bon, sauf qu'il reçoit une info, Saturne. Un oracle lui dit qu'un de ses enfants va être à l'origine de sa perte. Du coup, Saturne- qui est quand même un caractère un peu entier, il faut bien le dire- décide de bouffer ses enfants un à un au fur et à mesure qu'ils naissent, ce qui, au passage, en fait quand même l'inventeur du système en autarcie. Mais évidemment, comme dans la mythologie, les oracles sont toujours meilleurs que Météo France, cela ne manque pas : y a un de ses mômes que Saturne n'arrive pas à boulotter- Jupiter, il s'appelle Jupiter 007- et ce petit garnement lui fait effectivement le coup de: "T'es plus dans l'coup, Papa". 
Quand Goya peint donc Saturne dévorant un de ses fils, il pense bien sûr en premier lieu au pouvoir politique et militaire qui- peu importe qu'il soit français ou espagnol- n'a pas hésité à faire de la chair à pâté du peuple pour se maintenir à flots. Et la lueur inquiète qui se lit dans les yeux de Saturne, terrorisé à l'idée de se voir destitué, brille jusqu'à nous dans le noir.


vendredi 2 octobre 2009

Caramba, encore raté


Jacques Rogge douche les espoirs des Madrilènes réunis Plaza del Oriente

"Et les Jeux 2016 sont attribués à... Rio de Janeiro."
"Alors ça, Samaranch pas trop", a dû se dire Juan Antonio Samaranch junior, l'unique membre espagnol du Comité International Olympique, il y a à peine deux heures, quand Jacques Rogge, le monsieur que vous voyez sur l'écran ci-dessus, a sagement lu la carte qu'il avait reçue de ses potes du CIO partis en villégiature à Copenhague. 
"Ca fait deux fois que vous me faites ça", aurait alors pu dire tout Madrid aux très vénérables membres du CIO, en parodiant le Bourvil de la "Grande Vadrouille". D'abord les Jeux 2012, et maintenant ceux de 2016... Comme Paris avant elle, la capitale espagnole se sera donc aussi pris deux fois les pieds dans le tapis olympique, en s'inclinant cette fois-ci en finale face à Rio.
Plaza del Oriente, à Madrid, globalement, c'était aussi le gazpacho à la grimace. Là, sur cette esplanade entre Opéra et palais royal où la ville de Madrid avait fait monter deux écrans géants, des centaines de supporters de la candidature madrilène s'étaient donné rendez-vous pour suivre tout au long de l'après-midi cette espèce de grand concours de l'Eurovision du sport. Avec, pour patienter entre deux présentations de projets (ils étaient quatre au total: Chicago, Tokyo, Rio et donc Madrid), rien de moins que DJ Pulpo, l'homme qui ferait même danser le jerk à la reine d'Angleterre. 


Une candidature aux Jeux, c'est tout un casse-tête

"Donnez-nous les Jeux, plutôt que votre foutu diplôme", hurlait dans l'assemblée un partisan de la candidature madrilène, après que la présentation de celle-ci eut reçu un diplôme d'honneur pour son "excellente tenue". Quand on y réfléchit, déjà un signe que Madrid allait repartir sur ce coup-là avec la médaille en chocolat. Trois heures plus tard, ça ne manquait pas: Madrid, après que le CIO lui eut tout de même donné ce petit plaisir de taper Chicagobama et Tokyo dont déjà plus personne ne se souvenait qu'elle était candidate, tombait sur un os: Rio.
On les avait pourtant bien prévenus, hein, les Madrilènes, en insistant sur l'im-po-ssi-bi-li-té pour eux de décrocher les Jeux en raison du sacro-saint principe de rotation entre les continents. Or, avec Londres 2012... Même Paris ne s'y était pas laissé prendre, c'est dire. Ajoutez à cela que jamais, au grand jamais un pays d'Amérique du Sud n'avait encore reçu les Jeux. Mais bon, les Espagnols sont ainsi: ils aiment bien les défis. Et puis, c'est vrai qu'avec ce grand farceur de CIO, on ne sait jamais trop, hein... 
Bon sauf que là, si: à 18h50, tout était plié, Rio dansait la samba et c'est Madrid qui ne répondait plus, comme dirait OSS 117.
Sur la Plaza del Oriente, l'ambiance avait tout à coup baissé d'un ton, DJ Pulpo avait déjà levé l'ancre et l'on distinguait des moues de déception sur certains visages. Rien d'insurmontable non plus, rassurez-vous. D'abord, il y a du mieux par rapport à 2012, puisque la capitale espagnole a cette fois atteint la finale (qui sait, peut-être qu'en 2020?). Et puis, sûr qu'en ce vendredi soir, la plupart des Madrilènes auront déjà digéré cette relative déception en allant prendre un bon verre. Bon d'accord, peut-être pas une caipirinha...




jeudi 1 octobre 2009

A la maison, et plus vite que ça !

« La Champion’s vuelve a casa » (La Ligue des Champions rentre à la maison). Difficile, pour qui vit en Espagne, de ne pas avoir vu ce spot télé au cours d’une de ces innombrables pages de pub qui rythment la vie cathodique du pays.

Bon, et c’est où alors sa maison, à cette Ligue des Champions ? Ben ici, au Bernabeu, prière de s’essuyer les pieds avant d’entrer. 


Comme chacun le sait, le Real- parce qu’il le vaut bien- est en effet le premier club de l’histoire à avoir remporté la Ligue des Champions (qui, en 1956, s’appelait encore Coupe des clubs champions européens, parce qu’à l'époque, on avait moins le sens du marketing). Un beau fait d’armes qui, malheureusement, allait vite virer à la monomanie puisque nos chers Merengues devaient ensuite récidiver 8 fois, dont certaines d’affilée. Soucieux de débarrasser le club de cette vilaine addiction, joueurs, entraîneurs et présidents de ces dernières années ont heureusement décidé de placer le Real en cure de désintox : interdiction de toucher à la moindre Coupe d’Europe pendant au moins sept ans, et gare à toi si je t’y prends. Pas fou, le Real a scrupuleusement respecté l’ordonnance depuis 2002, année de sa dernière victoire dans cette compétition.

Or donc, voici que 44 ans après sa création, la dite Coupe aux grandes oreilles va revenir pointer le bout de son nez au Bernabeu, stade dans lequel se déroulera en mai prochain la finale de l’édition 2010 de cette Ligue des Champions. Tentation suprême pour les Ronaldo et compagnie. La plupart d’entre eux viennent tout juste de débarquer et ne sont donc pas franchement tourmentés par les années de disette européenne du club. Mais s’ils l’emportent en finale sous les yeux de socios ébahis, ils pourront tous prétendre à leur statue dans la galerie du Bernabeu. Après tout, ce n’est pas rien de ramener comme cela au bercail une timbale qui s’est fait la malle.

 

 

L'Espagne, ça vous gagne

Les Ultras Sur du Real pendant Real-OM


Comme je ne maîtrise pas encore la recette de la sangria, je vous donne celle de Faits d'Ibères. Ce blog se compose de: 

beaucoup de découvertes pour un p'tit Français fraîchement débarqué à Madrid, 

un peu (bon d'accord: trop) de jeux de mots vaseux 

et d'une pincée d'incapacité technique pour insérer certaines choses compliquées comme des liens ou autres vidéos. 

Ah oui, j'allais oublier l'essentiel: Faits d'Ibères, c'est d'abord 100% d'Espagne. Parce que désormais j'y vis, parce que c'est beau et qu'il y fait chaud. Comme vous le voyez, Faits d'Ibères fait aussi partie de ces blogs qui prétendent dépasser les clichés pour aller voir un peu plus loin. Et ce printemps, été, automne comme Ibère... Bonne lecture.