L'indépendantisme basque peut-il à nouveau recouvrer le visage de la légalité? C'est en tout cas le pari dans lequel s'est lancé depuis novembre dernier une partie de la gauche "abertzale" (patriotique) basque. Le 14 novembre dernier, ce mouvement nationaliste a en effet fait part de son intention de militer désormais pour une solution purement politique à la question basque, abandonnant par là-même tout soutien à la lutte armée de l'ETA. Dans le communiqué rédigé à cette occasion depuis la localité basque d'Alsasua, il était ainsi question d'un "processus démocratique" qui se déroulerait "en l'absence totale de violence et sans la moindre ingérence". Et depuis hier, c'est ce même communiqué qui a commencé à être distribué dans les boîtes aux lettres du Pays basque. L'enjeu pour la cause indépendantiste basque: retrouver une représentation politique avant les élections municipales de 2011.
Depuis 2003 et l'interdiction du parti Batasuna, vitrine politique de l'organisation terroriste ETA, les tenants d'une indépendance complète du Pays basque ne sont en effet plus représentés sur l'échiquier politique espagnol. Or, consciente de la fatigue de la population face aux crimes à répétition de l'ETA (828 morts en l'espace de 50 ans), la gauche abertzale est justement en train de revoir sa stratégie et de rompre définitivement avec les partisans de la lutte armée.

L'un des principaux leaders du mouvement abertzale: Arnaldo Otegi
Reste à savoir si ce pari de démocratisation de la cause indépendantiste peut être mis en musique. Car plusieurs obstacles semblent ces derniers temps entraver le retour à la respectabilité du mouvement abertzale. Le premier d'entre eux est sans conteste le risque de se voir priver de ses dirigeants les plus emblématiques. Ainsi Arnaldo Otegi et Rafael Diez Usabiaga, deux des leaders les plus connus du mouvement viennent-ils tout juste d'être mis en examen par le juge Baltazar Garzon pour leur récente implication dans Bateragune, le "successeur" du parti interdit Batasuna. En octobre 2009, la nouvelle formation politique avait en effet été démantelée par les forces de sécurité, les autorités invoquant, comme pour Batasuna en son temps, le soutien indirect de Bateragune à la lutte armée de l'ETA. Et cela alors qu'Otegi et Usabiaga sont justement considérés comme les initiateurs de l'appel pacifiste et démocratique lancé à la gauche abertzale. Une posture qui n'a cependant pas convaincu le juge Garzon qui, dans son acte d'accusation rendu public lundi 25 janvier, voit "dans les activités déployées par Arnaldo Otegi comme principal dirigeant de Bateragune une possible stratégie pour obtenir des trêves cachées qui bénéficieraient à ETA". Et d'affirmer que Bateragune, en tant que comité de direction de la gauche abertzale, doit être considéré comme un organe créé et contrôlé par l'organisation terroriste. Pour ce chef d'accusation, Otegi et Usabiaga pourraient encourir entre 10 et 15 ans de prison, sans compter qu'ils sont également cités à comparaître pour d'autres faits devant la justice. Demain mercredi 27 janvier, Otegi aura ainsi à répondre de l'hommage qu'il avait rendu en juillet 2005 à José Maria Sagarduy, le plus vieux prisonnier de l'ETA alors détenu en Espagne.
Indépendamment de cette possible "mise hors circuit" de ses leaders, la gauche abertzale se retrouve aussi face à un problème de crédibilité. Sa stratégie de distanciation par rapport à l'ETA ne fonctionnera sans doute que si la formation autour d'Otegi choisit de condamner une bonne fois pour toutes les crimes de la branche armée. Or Otegi et d'autres laissent encore et toujours planer une ambiguïté sur ce chapitre. Il s'agit pourtant là d'une nécessité d'autant plus impérieuse qu'ETA, poussée dans ses retranchements par les récentes arrestations de certains de ses membres, a annoncé un durcissement de ses actions. Début janvier, l'organisation terroriste a ainsi diffusé via le journal patriotique "Gara" un communiqué dans lequel elle affirmait sa volonté de frapper à nouveau et faisait part de son rejet de toute trêve. Tant que l'ETA n'aura pas fait le choix de déposer les armes, il y a donc fort à parier que toute autre solution avancée par les mouvements indépendantistes sera "polluée" par les agissements sordides de la lutte armée.




