
L'ours de la Puerta del Sol a bon dos
En ce samedi après-midi, l'ours de la Puerta del Sol- l'un des symboles de la ville de Madrid- est affublé d'un bien curieux tee-shirt. "Cada vida importa", peut-on lire sur celui-ci. "Chaque vie importe": tel est en effet le slogan de l'association "Derecho a Vivir" (Droit à la vie), l'un des organisateurs de la manifestation anti-avortement qui s'est tenue samedi 17 octobre dans le centre de Madrid, à l'appel de plusieurs organisations catholiques et familiales.
La raison d'être de ce mouvement de protestation: la réforme de la loi sur l'avortement proposée récemment par le gouvernement socialiste de Jose Luis Rodriguez Zapatero. Au menu de ce nouveau projet de loi, pour l'instant voté en Conseil des Ministres et débattu prochainement devant le Parlement, plusieurs changements majeurs. Le plus notoire d'entre eux est sans conteste qu'avec la future loi, l'avortement cesserait d'être une intervention considérée comme légale seulement dans certains cas de figure pour devenir un droit fondamental de la femme. Jusqu'ici, et aux termes d'une loi de 1985 toujours en vigueur, n'étaient en effet dépénalisés que les avortements s'effectuant au motif d'un viol, de "graves malformations" du foetus ou lorsque l'état de santé physique ou psychique de la femme enceinte était jugé "en danger". C'est d'ailleurs grâce à ce dernier point- suffisamment flou pour pouvoir contourner le reste de la loi- que s'effectuaient jusqu'à présent 97% des avortements effectués en Espagne. Mais dans certains cas, la difficulté de trouver un médecin prêt à pratiquer l'avortement sous ce motif de "mise en danger" mène encore bien souvent à des interventions compliquées car tardives.
Dans le nouveau projet de loi, tout ce système d'exception disparaîtrait: chaque femme souhaitant avorter pourrait désormais le faire librement jusqu'à la 14e semaine de grossesse, jusqu'à la 22e semaine en cas de complications et sans limitation de temps en cas de problèmes majeurs. Autre point suscitant la polémique: le projet de loi proposé par le gouvernement espagnol permettrait aussi désormais aux mineures de 16 et 17 ans d'avorter sans le consentement ni l'information préalables de leurs parents. Autrement dit, la nouvelle loi serait synonyme d'un bouleversement majeur pour l'Espagne, pays où plane encore un lourd tabou autour de l'avortement et où celui-ci ne cesse pas de faire débat.
Samedi, la manif anti-avortement a réuni des milliers de personnes
Là où une certaine frange de l'opinion publique, et même certaines institutions comme le Conseil d'Etat ou le Comité de Bioéthique considèrent cette réforme comme un instrument de progrès, les milieux catholiques et conservateurs se sont ainsi mobilisés pour faire barrage à ce qu'ils considèrent comme "une atteinte à la vie". "Je suis venue ici pour défendre les droits du non-né à la vie", clame par exemple Carmen, 32 ans, venue tout exprès des îles Canaries à Madrid pour la manifestation du 17 octobre. "Comment, dans un pays qui a abrogé la peine de mort, où l'on protège jusqu'aux droits des animaux, peut-on encore cautionner l'avortement?", s'interroge de son côté Alfredo, un Madrilène de 60 ans appartenant au Mouvement familial chrétien, une association qui s'est elle aussi mobilisée dans le mouvement du 17 octobre. "Une femme ne peut pas simplement tuer la vie qui est en elle simplement parce qu'elle passe par un mauvais moment", affirme ce père de 4 enfants qui dit avoir aussi défilé en son temps contre l'actuelle loi sur l'avortement, "tout aussi mauvaise" selon lui "en cela qu'elle permet d'attenter à des vies innocentes".
Point commun entre toutes les personnes rencontrées en ce jour de manifestation anti-avortement: toutes se disent de confession catholique et reconnaissent un lien entre leur foi et leurs positions anti-avortements. "Mais cela n'explique pas tout: le mouvement d'aujourd'hui réunit aussi d'autres sensibilités, comme des athées ou des gens de gauche, opposés à cette loi scélérate", assure Alfredo. Honnêtement, on a cherché, on n'a pas trouvé. Bien entendu, il était difficile de passer au peigne fin le cortège de plusieurs milliers d'opposants à la loi qui défilaient entre Puerta del Sol et Puerta de Alcala ce samedi. Mais notre sentiment d'une fracture radicale entre deux camps de la société espagnole s'est trouvé corroboré par le témoignage de Josefina, 29 ans, navrée d'avoir dû croiser le trajet de la manifestation anti-avortement. "Aujourd'hui, vous ne trouverez personne de gauche à 2 kms à la ronde... à part moi qui ai dû passer par ici pour rentrer chez moi", nous explique cette jeune historienne de l'art, qui dit avoir voté Izquierda Unida aux dernières élections. Et de poursuivre, visiblement agacée: "Sur le sujet de l'avortement, il y a mille opinions différentes en Espagne, et non une seule comme pourrait le donner à penser cette manifestation monstre, nous explique-t-elle. Moi par exemple, je suis pour la libéralisation de l'avortement, pour peu que les gens agissent de manière responsable. Pour la disposition sur les mineures, j'y suis aussi favorable, à condition que le gouvernement assortisse cette mesure de moyens d'information et de prévention plus importants".
Mille opinions différentes, peut-être. Mais l'impression qui prédominait tout de même après que le cortège émaillé de drapeaux espagnols et de pancartes anti-avortement se fut séparé à son arrivée, aux alentours de 19h, était celle-ci: le débat sur l'avortement cristallise bien les positions de deux Espagne, l'une conservatrice et catholique, l'autre de gauche et athée.

Monsieur l'Ibère,
RépondreSupprimerje n'ai parcouru que très rapidement le blog aujourd'hui, je m'y repencherai bientôt, mais quand même, nom de diou, vous auriez pu prévenir! à bientôt!
Signé: Milie la guatémaltèco-tourangelle.