La crise économique et sociale qui règne aujourd'hui un peu partout en Europe a au moins un avantage: celui de faire tomber les masques. Ainsi, étranglés par le système ou au contraire mus par la volonté de surfer sur la détresse, certains en oublient tout à coup de dissimuler leurs vraies pensées. C'est notamment le cas des racistes et autres xénophobes qui, malheureusement, sont loin d'être en voie de disparition sur notre bon Vieux Continent. En Suisse ou en Italie, on a ainsi assisté récemment à de terribles flambées de ce rejet de l'autre, désarmantes, glaçantes. Surtout, que la France ou l'Espagne ne se croient pas immunisées: les doses de vaccins contre ce fléau sont malheureusement beaucoup moins nombreuses que celles contre la grippe A, et ce alors que le virus est lui autrement plus dangereux.
C'est ainsi que dans la très respectable ville de Vic, en Catalogne (espagnole, je précise), le maire en personne vient d'annoncer qu'à partir de février, les immigrés sans papiers qui ne pourraient pas présenter de visa aux services municipaux ne seraient plus inscrits au registre des citoyens de ladite ville. Or, en Espagne, cette procédure d'enregistrement, appelée "empadronamiento" est capitale pour avoir accès à plusieurs services de base, à commencer par l'assistance médicale. Sans compter le caractère terriblement symbolique de la mesure: en refusant d'inscrire l'identité de ces immigrés clandestins au registre de la ville, les autorités municipales de Vic nient tout bonnement l'existence de ces personnes, les rendant ainsi encore plus fantômes qu'elles ne le sont déjà. Car qu'est-ce que le retrait du droit au recensement à des personnes à qui, déjà, l'on dénie le droit d'avoir un travail déclaré, un logement, une vie sans la peur au ventre? Leur négation définitive, tout simplement.

La Plaça Mayor de Vic, Catalogne
Dans cette affaire, on ne sait d'ailleurs pas si c'est la mesure en elle-même ou l'argumentation du maire pour défendre la décision du conseil municipal qui est la plus répugnante. "Nous avons pris cette décision pour sauver la ville", a ainsi déclaré Josep Maria Vila d'Abadal, avant d'expliciter: en ces temps de crise, où la population "d'origine" lutterait honnêtement pour son travail, il s'agirait de montrer à ces citoyens "que ce qui se fait pour les immigrants ne les pénalise en aucune manière et que les plus récemment arrivés ont eux aussi à respecter la loi comme on l'exige de la part des locaux". Petite précision qui peut s'avérer utile, mais qui rajoute encore à l'effroi que l'on peut ressentir à la lecture de ces propos: la ville n'est pas gouvernée par l'extrême-droite, quand bien même la Plateforme pour la Catalogne (PxC)- parti ouvertement xénophobe- y compte tout de même quatre conseillers municipaux.
Non, Vic est juste administrée par une majorité tripartite composée des partis autonomistes CiU (droite) et ERC (extrême-gauche), auxquels s'ajoute le Parti socialiste de Catalogne (PSC). Le plus triste, c'est que jusqu'ici aucune des directions des trois formations politiques en question n'a dénoncé la mesure prise par leurs représentants à Vic. Alors qu'il en est allé tout autrement du côté du gouvernement espagnol. Jeudi 14 janvier, la vice-présidente du gouvernement de Zapatero, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a ainsi estimé que l'épisode de Vic était une "tentative isolée de contourner la légalité". Tandis que le ministre de la Justice, Francisco Caamaño, a lui demandé l'ouverture d'une enquête devant déterminer si la décision de Vic ne contrevenait pas à la Constitution espagnole. Cela dit, quand bien même elle n'enfreindrait pas les lois espagnoles, cela ne rendrait pas ladite mesure plus reluisante. Dans ce genre d'affaires, c'est l'éthique- si tant est qu'il en reste encore- et non la légalité, qui devrait au final s'imposer comme le critère déterminant.

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