jeudi 25 février 2010

L'avortement, enfin un droit en Espagne

"Por fin!" Enfin! 25 ans après que l'avortement a pour la première fois fait l'objet d'une dépénalisation en Espagne, il a enfin été "légalisé" hier au Sénat. En votant par 132 voix contre 126 (et une abstention) en faveur du projet de loi libéralisant l'avortement en Espagne, la deuxième chambre du pouvoir législatif a en effet mis un terme au long combat qui aura précédé cette réforme-clé pour de nombreuses femmes espagnoles. 
La loi entrera elle définitivement en vigueur en juin prochain, mais la réforme portée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero est maintenant bel et bien acquise: dorénavant, une femme qui désirera avorter en Espagne pourra le faire librement jusqu'à sa 14e semaine de grossesse (à titre de comparaison: 12 semaines en France), et jusqu'à sa 22e si sa santé ou celle du foetus sont en péril. Le jour et la nuit donc avec ce qui avait cours dans la péninsule depuis 1985, où l'avortement n'était dépénalisé qu'en trois cas de figures bien précis: en cas de grossesse consécutive à un viol, en cas de malformation du foetus ou en cas de "risque grave pour la santé physique ou psychique" de la future mère. Jusqu'ici, c'est ce dernier argument que les Espagnoles utilisaient comme "faille juridique" pour avorter. Mais la situation de certaines femmes était tout sauf enviable, ce cas de figure requérant au préalable le certificat d'un médecin assurant que l'avortement demandé était bien justifié par ledit état de détresse physique ou psychique. Rien d'évident quand on connaît l'opposition de certains membres du secteur médical espagnol à l'avortement... 

La ministre socialiste pour l'Egalité, Bibiana Aido, qui a porté le projet de loi sur l'IVG

La nouvelle "loi sur la santé sexuelle et l'IVG" a donc à la fois le mérite de redonner aux Espagnoles un droit fondamental, celui de disposer de leur corps, et de clarifier les choses. Mais que ce fut long pour en arriver là! Alors qu'elle figurait déjà dans le programme du PSOE en 2004, cette réforme aura mis six ans à aboutir... La faute à la résistance d'une partie de l'opinion publique, copieusement attisée par l'Eglise catholique et par le Parti Populaire. Portée par des motifs avant tout religieux, cette opposition avait culminé en octobre 2009, au cours d'une manifestation massive organisée par les associations de défense du droit à la vie (cf post d'octobre: "Une nouvelle loi pro-avortement aux forceps"). 
Ce débat sur l'avortement, le PP aura naturellement aussi tenté de le récupérer à des fins électorales, mais il aura été gêné dans cette entreprise par sa propre position du temps de José Maria Aznar. A l'époque, le gouvernement de droite avait en effet été jugé trop laxiste par son électorat traditionaliste, qui lui avait reproché de ne pas être revenu sur l'ancienne loi de dépénalisation, datant de 1985. Soucieux de reconquérir cet électorat ultra-conservateur, le PP a cette fois-ci misé sur ce qu'il estimait être l'aspect le plus vulnérable de la nouvelle loi: une disposition permettant aux mineures de 16 et 17 ans d'avorter sans en demander l'autorisation à leurs parents, et même sans les en avertir. 
Secondaire par rapport aux délais introduits par ailleurs, c'est pourtant cette mesure qui a le plus suscité la polémique, y compris au sein de la propre majorité socialiste. Finalement, le gouvernement aura aussi réussi à sauver cette disposition, en soutenant un amendement du Congrès prévoyant qu'en définitive, les mineures en question auraient tout de même à informer un de leurs parents de leur volonté d'avorter, à moins que cette obligation ne les mette en situation de "grave conflit" avec leurs géniteurs. 
Malmené en ce moment sur le plan économique, en passe de liquider certains acquis sociaux au nom d'un soi-disant plan de relance (retraite à 67 ans, renforcement de la précarité des contrats de travail), le gouvernement de Zapatero signe toutefois avec cette réforme de l'avortement une belle victoire sociale qui pourra peut-être raviver l'adhésion d'une partie de son électorat habituel.

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